Cette exposition réunit les œuvres de quatre artistes : les installations élaborées à partir de cheveux humains de Josiane Guitard-Leroux, les sculptures textiles de Karine Jollet, les dessins de nus de Diana Quinby et les cires anatomiques de Véronique Roca. Toutes de la région parisienne, elles ont déjà exposé ensemble à Paris lors d’une première manifestation collective, Anatomanie, à l’École Buissonnière en 2007. À la Chapelle Saint Louis de Bar-le-Duc, la mise en espace de leurs œuvres souligne leur exploration commune d’une dimension poétique du corps.
Par son geste artistique, Josiane Guitard-Leroux donne une visibilité nouvelle à ses infimes particules capillaires qu'elle sauve quotidiennement de leur chute au sol. Fixés sur le papier en d'énigmatiques signes, crochetés et épinglés en de fragiles réseaux, assemblés et amassés en sculptures mouvantes, les cheveux perdent leur futur statut de déchet. S'ils portent la mémoire physique et psychologique du corps auquel ils étaient reliés et en convoquent la présence, ils sont cependant détournés et métamorphosés par le faire artistique. Ils deviennent alors de possibles supports de souvenir, de rêveries ou d'évocation pour les visiteurs.
À partir de draps anciens et de vieux vêtements, Karine Jollet coud ses œuvres à la main. Le tissu exprime naturellement l'enveloppe corporelle, il devient substance de modelage, une analogie de nos propres tissus organiques, C'est une manière de reconstituer/recoudre le corps, ses différentes parties (physiques et symboliques) et de les unifier à travers la blancheur. Le corps, pour elle, est le passage obligé pour s’ouvrir aux mystères de la vie et de la mort.
Dans ses grands dessins au crayon graphite, Diana Quinby exprime une expérience et une émotion du corps. Elle dessine d'après modèle et à partir de photographies de référence. Le noir et le blanc permettent de capter l’essentiel, de ciseler à la fois la réalité et l’imaginaire tout en maintenant un degré d’abstraction. La précision et la fluidité du trait donnent une illusion quasi photographique aux corps dont la mise en espace et la distorsion invitent à une réflexion sur la sexualité, sur la féminité et la masculinité, sur la vieillesse imminente.
La cire d’abeille commence ses métamorphoses - prendre forme, perdre forme - à la température du corps humain. Le bloc de cire chauffe, fond puis se répand dans des empreintes de corps. Véronique Roca, tentant de saisir l’instant, extirpe ses Instantanés de leurs matrices. Fragmentés et répétés, détournés de leur origine, les moulages envahissent l’espace en d’étranges processions, prolifèrent ici telles des cellules géantes ou se balancent là, piqués sur de longues tiges. Magie du multiple et peur du vide, chaos de morceaux ou grandes plages silencieuses, l’extrême matérialité et le fort pouvoir évocateur de la cire interrogent notre propre incarnation.